L’alimentation au Moyen-Age, un acte social

En Février 2017 « Fréquences Médiévales » a reçu Alban Gautier pour parler de l’alimentation au haut Moyen-Age et plus spécifiquement chez les anglo-saxons sujet de sa thèse. Comme cette émission est enregistré et que beaucoup de nos membre l’on trouvé intéressante nous vous proposons une retranscription écrite de ce qui c’est dit pendant les 30 minutes d’interview.

Manger est un acte social, surtout dans l’aristocratie. Nous faisons référence aux banquets où il était servi à manger et à boire, dans les grands halls des châteaux.
Une constante anthropologique apparaît lorsque nous étudions cet acte:  une dimension horizontale et une dimension verticale

      • dimension horizontale: manger ensemble dans une dimension festive permet de faire le groupe, de « faire corps » comme nous disons au XXième siècle, de créer une communauté. Ce geste social, de partage est très important pour les guerriers qui vont au champ de bataille. Ils scellent leur amitié, leur dévouement, leur engagement par l’acte de manger ensemble.  Ils savent qu’ils seront solidaires, qu’ils pourront compter sur ceux qui étaient assis avec eux autour de la table.
      • dimension verticale:  elle laisse apparaître une différence entre les paysans, les guerriers et la personne qui les embauche c’est à dire le Roi.

Dans une société où l’abondance ne règne pas les paysans mangent le plus souvent des céréales (orge, avoine,froment, seigle) et des légumineuses (pois chiche, fèves …). La viande est très très peu présente dans leur alimentation, coupons court au mythe de la soupe au lard du paysan! La seule viande qui pouvons agrémenter la soupe, le brouet était le bœuf ou le mouton qu’ils tuaient car trop vieux. La viande était alors salée ou séchée.

Par contre les guerriers et les classes aristocratiques mangent du porc, boivent des boissons enivrantes. Ils ont plus de choses et en plus grande quantité. Les guerriers, clergé et aristocrates mangent beaucoup plus de graisse, de protéines et boivent des alcools diférents (vins importé, cervoise, hydromel). Certains mets comme les vins, les fruits, la volaille (poulet), les épices (le poivre notamment) marquent leur distinction. C’est tout le contraire du XXième siècle en y regardant de plus prés! L’alimentation devient de façon de se démarquer des autres, de montrer sa richesse et son pouvoir. Dans les films ils nous montrent souvent des gibiers servis lors de grand banquet pourtant, nous ne sommes pas aussi sûrs que les élites en mangeait. La chasse était un acte social récréatif, un entraînement à la guerre. La chasse était là aussi un moyen de se différencier, de montrer son prestige et son courage par exemple en affrontant un sanglier.  L’archéo-zoologie démontre qu’à l’époque normande la part du gibier ne dépasse pas les 5%.

Nous ne trouvons pas d’exemple d’un discours diététique dans le monde anglo-saxon du haut M.A. Une trace peut être dans un livre ayant appartenu à un médecin. Mais nous ne savons pas si le texte a été adapté en vieux anglais ou simplement recopié et traduit depuis le latin. Ce serait d’anciens écrits romains sur le sujet.
En revanche les textes anglo-saxons sont bavard sur les boissons avec l’invasion de la cervoise. Les élites anglo-saxonnes, sur leur table, proposent 3 boissons différentes: du vin importé, de la cervoise (bière sans houblon), de l’hydromel et parfois une sorte de cidre de baies. A noter une différences entre les anglo-saxons et les carolingiens, le vin est plus présents chez les Francs (anecdote sur un franc qui arrive à Bretagne Continental, son hôte est embêté car il n’y a que de la bière).

Le boire ensemble, à l’instar du manger ensemble,  est un moyen de s’engager envers le Chef pour les guerriers. Un poème montre très bien ce parallèle en figurant la défaite galloise « il meurt, il paye sa hydromel ». Le guerrier rend à son Chef ce qu’il lui a donné avant. Il existe un rapport très fort via cet échange d’alcool. C’est un geste que nous retrouvons partout, au delà des frontières et des différences culturelles. C’est une constante.

Existe t-il un rapport entre boire beaucoup et la virilité ou la force? Il n’y en a pas de trace très explicite. Nous savons que le fait de boire est le fait du guerrier. Mais dans une sage islandaise l’auteur montre que le trop d’alcool n’est pas recommandé. Ainsi, un Roi qui a trop bu prend des engagements qui lui seront défavorables. L’alcool est montré comme empêchant de bien réfléchir ou de bien combattre. Les « barbares » étaient au courant et par conséquent savaient qu’il ne fallait pas en abuser.

La place des femmes dans les banquets? dans les repas anglo-saxons les femmes sont présentes soit à table soit à officier (faire passer la coupe). Au Xième siècle lors du couronnement du Roi Edgar se tenait deux banquet: l’un présidait par le Roi avec les Comtes, Ducs et Evêques,  l’autre présidait par la Reine en présence des abbés et abbesses. La raison de ce dédoublement est inconnue (manque de place? symbolisme qui nous échappe? Reine patronne des monastères?)

Les banquets ne se font pas tous les jours. Certes les guerriers, les aristocrates ont à boire et à manger tous les jours mais pas toujours avec autant de faste. Ils ont lieu lors des fêtes religieuses, des baptême, des mariages, des victoires militaires et lors des déplacements de la Cour. Ainsi la Monarchie est itinérante, le Roi se déplace tout le long de l’année à la rencontre de l’aristocratie locale. Les banquets à cette occasion particulière sont là pour marquer le coup, pour « entretenir son réseau ».  Le repas en présence du Roi donne une assise, un pouvoir à l’aristocrate qui l’accueille.

 

Recettes médiévales: